GRENELLE DES FEMMES
Géni(t)alité. Féminologie IV, des femmes-Antoinette Fouque, 2023
Extraits d’entretiens avec Christophe Bourseiller relatifs au Grenelle des Femmes (Qui êtes-vous ? Antoinette Fouque, op. cit.).
Christophe Bourseiller – Quand vous envisagez aujourd’hui un Grenelle des Femmes, ne craignez-vous pas de susciter un flot de belles paroles, sans conséquences tangibles ?
Antoinette Fouque – Je rêve en effet d’un Grenelle des Femmes[1] pour mettre en œuvre ce que j’appelle le contrat humain, la nouvelle alliance entre femmes et hommes. Si les femmes existent, cela marquera le passage d’une humanité adolescente, homosexuée selon les anciens schémas, à une humanité véritablement hétérosexuée ayant atteint sa majorité, au sens de Kant dans Qu’est-ce que les Lumières ?[2] – sa maturité. Je crois à l’importance du symbolique. Ce serait aussi un geste réel : aujourd’hui, la crise est un très grand péril pour les femmes, qui sont en situation fragile, discriminées à l’embauche et par leurs salaires, et en charge d’enfants, car 80 % des familles monoparentales ont à leur tête des femmes. La pauvreté se féminise en Europe, donc en France, et partout. Et pourtant, elles continuent à travailler, font des enfants, affirment, s’affirment, font des études. Nul ne s’en préoccupe, alors qu’elles sont au cœur de l’économie et de l’expansion, grâce à leur libido creandi incessante. Il faut donc obtenir une prise de conscience, une volonté politique, pour globaliser toutes ces questions, allumer des contre-feux, encourager les femmes dans leur effort évident pour être, comme je vous l’ai dit, non pas des bénéficiaires de droits acquis mais les actrices principales du changement. Il faut s’appuyer sur la laïcité pour introduire de l’altruisme et une dimension éthique dans notre civilisation.
Comme cela s’est produit dans les conférences de l’ONU, la mobilisation de tous les acteurs pour un Grenelle des Femmes, la réaffirmation de principes fondamentaux et la prise d’engagements pour des mesures concrètes rencontreraient sur le terrain le cœur, la conscience et la détermination de chacune. Douter de leur valeur serait désespérer de la démocratie et donner des gages aux forces de réaction qui nous menacent gravement.
[1] Dans un communiqué du 1er octobre 2008, Antoinette Fouque, présidente de l’Alliance des femmes pour la démocratie, appelle à un Grenelle des Femmes, qui permette de penser, de manière articulée, toutes les questions qui se posent aux femmes et que les femmes posent à l’humanité. Cf. Génésique, Féminologie III, op. cit.
[2] Emmanuel Kant, Qu’est-ce que les Lumières ? 1784.

