SAVEZ-VOUS CE QU’EST LE MLF ?
Géni(t)alité. Féminologie IV, des femmes-Antoinette Fouque, 2023
Au soir du 8 Mars 1982, sabotage de l’hebdo des femmes en mouvements. Appel à la solidarité par un texte communiqué à la presse le 13 mars 1982 et publié dans des femmes en mouvements hebdo n°83-84 du 19 mars 1982.
Malgré tous nos efforts, l’hebdo des femmes en mouvements n’est pas dans les kiosques cette semaine.
Au soir du 8 Mars, où 12 000 femmes ont répondu à l’appel du MLF à la grève et à la manifestation – une victoire, sans précédent, de l’indépendance politique des femmes -, nous avons été victimes d’un attentat criminel : destruction de nos outils de travail, de communication et saccage du local de l’hebdo.
Silence quasi total de la presse. De cet attentat sur un journal, elle a à peine parlé, rompant à cette occasion avec la tradition de solidarité des médias vis-à-vis d’un journal atteint dans son droit d’informer et de communiquer.
Cet attentat est la suite d’une campagne de censures et de boycotts, de détournements et de parasitages, de menaces et de diffamations, qui sont de véritables incitations à la violence contre notre action politique.
Campagne qui veut nous mettre sous-taire, nous condamner au silence, nous supprimer (rumeurs mensongères, articles, interviews dans les médias, tracts, calomnies, menaces personnelles).
C’est la suite historique d’une série de campagnes menées depuis dix ans contre le MLF., avec la complicité des médias, par des individu(e)s, des groupuscules dont le mal chronique est le racisme et la misogynie ordinaires, campagnes contre des femmes, les objets, les lieux, les actions qu’elles produisent.
C’est une atteinte intolérable à notre droit d’exister, de produire et de nous rassembler en toute indépendance.
Ce sont des pratiques barbares, de refus du débat politique, indignes d’un état démocratique.
La bassesse et la lâcheté de nos ennemi(e)s nous déshonorent.
Nous portons plainte publique, contre ces actes destructeurs que sont les diffamations et les attentats, actes droitiers et extrémistes.
Nous accusons de complicité criminelle tous ceux qui soutiennent et encouragent activement, par rivalité politique avec des femmes, l’envie et la haine misogynes, en répandant les diffamations et en taisant les attentats contre le MLF.
Nous alertons l’opinion publique : les femmes qui ont revendiqué cet attentat nous en promettent d’autres ; c’est l’amorce d’un terrorisme, et pas seulement contre nous.
Nous en appelons à la solidarité et à l’intelligence des femmes et des hommes que de tels actes ne peuvent qu’indigner.
Nous exigeons réparation, tant de l’État que des médias, pour les dommages moraux et matériels qui nous sont quotidiennement causés.
Nous souhaitons des tribunes pour faire connaître notre Mouvement.
Vous savez ce qu’est Solidarité en Pologne,
Vous savez ce qu’est le Front de libération au Salvador,
Savez-vous ce qu’est le MLF. ?
Ni méduses, si sphinges,
ni filles hystériques, ni mères phalliques,
ni extrémistes, ni gauchistes, ni terroristes,
mais travailleuses, réalistes, adultes, responsables,
actives, créatives, citoyennes légitimes,
nous existons, nous luttons, nous sommes des femmes.
Vive l’indépendance économique,
sexuelle, politique et culturelle
des femmes !

