PRÉFACE À LA DEUXIEME ÉDITION DE IL Y A DEUX SEXES

janvier 2004 | - - - |

Il y a deux sexes. Essais de féminologie, Gallimard collection Le Débat, 1995 et 2004 (édition revue et augmentée), Poche Folio n°161, 2015 (édition revue et augmentée)

 Pour Marie-Claude – 2004

 

Ce recueil de textes a presque dix ans. Le premier article, daté de 1989, témoignait déjà d’un travail théorique et pratique de plus de vingt ans, largement diffusé dans les réunions, manifestations, créations et productions du Mouvement de libération des femmes et de « Psychanalyse et Politique ». C’est une sorte de chemin de fugue où la pensée – la géni(t)alité des femmes[1] – qui m’habite, et qui m’habitait probablement dès avant ma naissance, se répète, se différencie, se vaporise, se polarise, se disperse, se décentre, s’excentre, s’excède… Pensée latente, par deux fois au moins, elle s’est consciemment manifestée. D’abord, à travers une expérience intime, la naissance de ma fille, qui l’a littéralement découverte, inventée, en 1964. Puis, à travers une expérience publique qui l’a rendue explicite et pensable : la naissance du M.L.F, en octobre 1968, avec mes amies d’alors, Monique Wittig et Josiane Chanel, dans la foulée des agitateurs de Mai et grâce aux penseurs des années soixante ; parfois contre eux, le plus souvent malgré eux, au-delà d’eux [2].
Cette réédition suscite au moins deux remarques : d’abord, pour modeste qu’ait été le premier tirage, si le livre est épuisé, c’est qu’il a trouvé des lecteurs. Pourtant, et c’est la deuxième remarque, le contenu de l’ouvrage – misère et luttes des femmes –, loin d’être obsolète, semble, malheureusement, plus que jamais d’actualité. Pas un jour depuis trente-cinq ans sans le souci de résister, de comprendre et d’avancer avec des millions d’autres femmes. Les progrès de ces trois dernières décennies ont sans doute été plus décisifs que durant deux mille ans d’histoire, mais les quatre nouveaux textes de la présente édition, écrits entre 1997 et 2002, confirment que le constat négatif reste affligeant. Partout sur la planète, encore et davantage, les femmes sont victimes d’une violence unilatérale, celle de la domination mâle dans tous ses états : privés, publics, économiques, sociaux, culturels, religieux, politiques, symboliques, réels, imaginaires… Comme si, au fur et à mesure que s’affirmait leur libération, une contre-libération machiste, les encadrait, les déportait, les emprisonnait, les écrasait. Chaque jour, le courage et la force des femmes défient un destin qui ne leur est pas imposé par l’anatomie mais prescrit par les traditions, et construit par les civilisations et l’histoire.
En cette année 2004, nous célébrerons en France et dans le monde trente ans de féminisme d’État, de programmes institutionnels au bénéfice des femmes.
En 1974, après six ans d’engagement de femmes de toutes conditions, d’activisme intense du MLF et des féminismes anciens qu’il a revigorés, est créé le premier secrétariat d’État à la Condition féminine. Aux manifestations de rue, à la culture de révolte, aux revendications passionnées, aux utopies, à cette révolution de soi(e)[3] qu’était le M.L.F, à la toute puissance des idéaux et des rêves addictés au principe de plaisir, succède, un peu trop durement parfois, la soumission au principe de réalité ; arrive le temps de la démocratie, des sages associations (des O.N.G., comme on dit mondialement), des réformes démocratiques. Et elles n’ont pas manqué depuis plus de trente ans, avec l’abolition de la toute puissance paternelle, le divorce par consentement mutuel, avec l’égalité des hommes et des femmes dans la vie professionnelle, dans les régimes matrimoniaux et l’autorité parentale, avec les lois sur le viol et sur les agressions sexuelles. La vocation première de la loi est peut-être moins de punir que de faire prendre conscience. Elle marque la limite, nomme l’interdit, dit le droit et en appelle à la justice, tant au plan symbolique que juridique. Une loi contre l’esclavage est un viatique pour la liberté de vivre et de penser ; une loi contre une injustice, un viatique pour une liberté d’agir. La loi, c’est la non-violence du compromis et de la négociation plutôt que l’affrontement belliqueux. Fortes d’une sagesse politique et d’une maturité psychique, loin de se précipiter dans le terrorisme, les femmes en mouvements en ont appelé à l’État de droit et se sont engagées dans la démocratisation de la démocratie. Trois moments importants ont transformé des revendications, jusque-là illégitimes, en droits : l’I.V.G., la parité, la laïcité.
La reconnaissance de l’I.V.G., associée à la contraception, c’est, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la maîtrise de la fécondité. Contre la maternité esclave, elle affirme le droit de (ne pas) procréer, donc, pour chacune, la liberté de penser l’expérience de la gestation. Ce que j’ai appelé la géni(t)alité des femmes échappe à l’obscurantisme, au « miracle » de la procréation, au « mystère » du continent noir.  Hors idéologie, non sans imaginaire, s’invente un champ épistémologique nouveau, un lieu d’investigation du génie des femmes[4] où s’articulent l’obstétrique des Lumières, l’inconscient freudien, la création génésique et psychique de la grossesse : la féminologie, pour éclairer le féminisme, comme la sociologie a éclairé le socialisme.
Désormais, en démocratie, à peu d’exceptions près, chaque femme, entre loi et technique, peut (ne pas) vouloir donner la vie ; child free, de plein droit, elle affirme son indépendance. Avec la loi sur l’I.V.G., mesure vitale de santé publique, les femmes pouvaient espérer disposer librement de leur corps, de leur sexe, de leur chair, sur lesquels pour la première fois dans l’histoire, en deçà et au-delà même de l’inconscient freudien, nous venions par un coup de force inouï de lever la censure.

Pour mettre fin au scandale de la sous-représentation des Françaises dans une République « uni(sex)versaliste », le combat pour la parité – idée européenne relayée par la création et la mobilisation d’associations ad hoc, par un débat médiatique national, et surtout par la volonté politique du Premier ministre, Lionel Jospin, de vaincre une discrimination et de moderniser une République sclérosée dans un égalitarisme abstrait –, a conduit à une modification de la Constitution. Désormais, selon son article 3 : « La loi favorise l’égal accès des hommes et des femmes aux mandats électoraux et aux fonctions électives. » Le Congrès l’a ainsi voté, le 28 juin 1999. Mais le choix de « l’égalité » maintient l’ordre ancien, la logique abstraite de l’Un-Tout, valant pour les deux sexes, celui des femmes étant effacé dans sa dissymétrie irréductible, et effacé le partage, générateur et fécond, de la conjugaison des deux sexes. Le dérapage dans l’égalité fait manquer le passage d’une économie libidinale ancienne, centrée, fermée, égoïste, individualiste et d’une économie politique phallocapitaliste du profit, à une économie libidinale généreuse, générative, non binaire, non duelle, mais duale, plurielle, et à une économie politique de partage, voire de don.
Comme l’I.V.G. s’est heurtée à l’extrême droite, la parité se heurte à l’extrême libéralisme ou à l’extrême phallocentrisme ; l’androcentrisme souverain fait obstacle à l’émergence d’une culture de la parité. Réduite à sa dimension quantitative, anale, contrainte par un différentialisme frileux  à s’énoncer comme égalité, la parité est sur la bonne voie de l’échec. Seule la modification du socle de la Constitution – qui ne reconnaît toujours pas aux femmes des droits « inaliénables et sacrés » – aurait permis d’aborder une parité qualitative[5].
L’opposition à la parité, comme l’opposition à la loi sur le partage du patronyme qui en est l’achèvement[6], est violente. C’est la réaction des idolâtres de la toute puissance paternelle qui font semblant de confondre la différence première, princeps, absolue, féconde, génitale, qui engendre du vivant-parlant, avec des différences secondaires, relatives, culturelles, ethniques, nationales, duelles, anales, phalliques, qui produisent des guerres et des conflits.

Pour sauver la laïcité, une loi, modeste, va être votée cette année. Le débat est contradictoire, les positions, divisées. L’engagement du journal Elle[7] incite le Président Chirac à protéger les droits des femmes menacés.
Certains voudraient faire croire que c’est la parité qui aurait introduit le communautarisme qui menace la République, comme si les femmes étaient une minorité[8]. Or, ce sont bien des citoyennes mineures, soumises, qui sont exhibées ou qui s’exhibent dans un geste de servitude volontaire, fût-il guerrier, derrière le voile. Personne n’a évoqué le supplice du voile, l’été, sous la canicule, avec l’interdiction pour les femmes de se rafraîchir dans la mer. Ce n’est pas, comme le disent certains, un épiphénomène, mais le symptôme majeur de la fracture sexuelle dans la République, dans la citoyenneté. Voile-viol sont si proches, qu’ils s’inversent à l’infini. Le viol réapparaît dans le voile et revoilà, voilé, le viol ininterrompu des femmes. On veut nous faire croire que tout est dit pour ou contre le voile, mais cette fois encore, on est loin de pouvoir énoncer le dernier mot, tant la lecture est sommaire de ce que symbolise une femme voilée : féminité captive et fécondité esclave, monstration d’une femme érigée. Quant aux partisans du « sans voile », ils défendent souvent une femme phallicisée : féminité travestie et artefact, ou masculinisée et prise dans un égalitarisme stérilisant, elle aussi organe érotisé de son maître. Viol ou voile, voile ou string, les femmes sont otages entre l’enclume d’une tradition esclavagiste et le marteau d’une modernité porno marchande.
Sur le territoire de la République, et pas seulement à Mayotte – où notre Constitution autorise le « statut personnel » à déroger au statut civil de droit commun [9] –,  mais aussi au Val-Fourré, le voile, c’est la réalité inquiétante de la polygamie, de l’excision, et pourquoi pas, à l’horizon, de la lapidation, de l’insécurité privée et publique, dans une France qui, contrairement à ses engagements, n’a pas voulu armer les femmes d’une loi anti- sexiste, à l’instar de la loi anti-raciste, strictement défensive.
Le caractère positif du projet de loi sur la laïcité est qu’il renforce et explicite une laïcité qui jusqu’ici s’était peu souciée des droits des femmes et de la mixité, ou de l’hétérosexualité des droits fondamentaux[10].

Au coup par coup, le féminisme d’État semble reprendre d’une main ce qu’il a donné de l’autre ; pas de projet global, pas de volonté politique pour les femmes. Entre réforme et contre-réforme, un attentisme mortifère.
La confusion va grandissant : telle qui est pour le Pacs est contre la parité, telle qui est pour la parité est contre la loi pro-laïcité ; telle, féministe radicale qui a violemment combattu la différence des sexes, révèle son différentialisme culturel qui confine au communautarisme. On pourrait pourtant déceler une logique. L’I.V.G. est contestée par les fondamentalistes et l’extrême droite, la parité par les « uni(sex)versalistes », la laïcité par les intégristes de tous bords, de l’extrême gauche totalitaire, pseudo démocrate altermondialiste, à une partie de la gauche plurielle en mal d’électeurs. Qu’ont en commun ces réactionnaires qui réagissent si violemment ? Dans quelles confusions, névroses, psychoses ou perversions inconscientes sont-ils ? La « bande à Mono »[11], la Sainte Alliance des totalitaires ou intégristes excède de loin celle des religions monothéistes ; elle ligue tous les passionnés de l’Un-Tout, les hostiles à l’au moins deux ouvert, à la personnalité démocratique, à la démocratie paritaire, partenaire. Depuis trente ans, on assiste à une véritable mutation : le dévoilement de la misogynie constitutive de l’ensemble des civilisations a non seulement renforcé la misogynie sexuelle endémique, universelle bien que visant les individus, mais il l’a redoublée par une misogynie politique massive, par un antiféminisme, qui vise un mouvement incontournable et continu de la condition historique.
C’est un fait, depuis bientôt quatre décennies, le mouvement des femmes est un continuum que rien n’arrête. Il y a à tout moment, en un lieu de la planète, individuellement ou collectivement, des femmes qui affirment leur liberté d’action et de pensée, qui luttent pour maintenir leurs avancées et la conquête de leurs nouveaux droits. À toute réforme, ses contre-réformes. La libération des femmes, la plus longue des révolutions, doit s’attendre à la plus longue et la plus sanglante des contre-révolutions. Nous devons nous armer de patience vigilante et engager notre courage dans des risques lucides.
Le premier et le second backlash[12]qui avaient motivé la rédaction de ces articles ont eu beau jeu d’organiser les représailles car leur contre-offensive s’est conjuguée à une crise économique, politique et symbolique mondiale, dès le premier geste de réparation envers les femmes (conférence de l’O.N.U. consacrée aux femmes, à Mexico, en 1975). Le retour des religions a précédé la montée des intégrismes. Dès le milieu des années 1970, la protestation virile, la paranoïa monothéiste plongeaient les racines de l’antiféminisme dans la misogynie ; l’antiféminisme actualisait le plus archaïque des racismes, comme aujourd’hui les « nouveaux féministes » encadrent, promeuvent l’émancipation des femmes, et, entre mères et filles qu’ils divisent pour régner, tentent une captation d’héritage.
Notre corps ne nous appartient toujours pas et à travail égal, le salaire est toujours inégal… Le constat négatif s’aggrave avec sa litanie d’assassinats de proximité, de viols collectifs – qui ne sont pas l’apanage des banlieues –, de maternités précoces, d’incestes, de pédophilie, où se conjuguent la modernité porno-marchande et la tradition esclavagiste.
Amartya Sen a reçu en 1998 le prix Nobel d’économie pour l’ensemble de ses travaux dont beaucoup sont consacrés à la condition des femmes. Il est traduit en France depuis plus de quinze ans et il n’a pas fait école. Il semble que le plus souvent nos doctes sociologues l’ignorent. Son ouvrage est loin d’être un « best-seller » et le gynocide[13] qu’il dévoile n’a pas éveillé une seule de nos grandes consciences intello-médiatiques. J’ai cité à maintes reprises, en particulier au Parlement européen et dans ce recueil,  son enquête-scandale[14],  sans susciter le moindre écho. Une femme disparaît ? Non, cent millions de femmes manquent à l’appel en permanence. Cent millions de déficit au capital humain. En 2002, Amartya Sen revient à la charge, mais n’est pas plus entendu : « Cette nouvelle forme de misogynie appelle une attitude plus critique face aux valeurs admises. Lorsque le préjudice antiféminin (exprimé par des comportements tels que l’avortement sélectif) reflète un profond enracinement des valeurs machistes auxquelles les mères elles-mêmes ne peuvent échapper, les femmes doivent disposer non seulement de leur liberté d’action, mais aussi d’une liberté de penser : la liberté de remettre en question et d’analyser scrupuleusement les croyances héritées du passé et les priorités fixées par la tradition. La participation active, critique et éclairée est indispensable pour lutter contre toutes les inégalités, y compris l’inégalité des sexes. » [15]
Les quatre nouveaux textes de la présente édition confirment ce désastre humain. De la violence réelle à la violence symbolique, du viol au voile, des meurtres conjugaux à la charia, le massacre continue et s’amplifie. Chaque jour, « si c’est une femme »[16], les journaux banalisent le danger de mort.
Dans le nouveau monde, à Ciudad Juarez, le long de la frontière entre le Mexique et le Texas, plus de cinq cents femmes ont été assassinées depuis 1993, après avoir été mutilées, torturées, violées, et ce, en toute impunité. C’est au point que l’ONU s’en alarme et s’insurge contre l’inaction et l’indifférence des États[17]. Dans notre vieille Europe, en octobre 2002, dans la banlieue parisienne, la jeune Sohane a été brûlée vive dans un local à poubelles par un amoureux éconduit[18]. Aucun des responsables politiques qui ont protesté le même jour contre un crime raciste et un attentat homophobe n’a manifesté d’indignation pour cet assassinat sexiste ni exprimé de compassion pour la jeune martyre[19]. Un an après, presque jour pour jour, à Nice, une enseignante de cinquante ans a subi le même sort : même banalisation, et plus encore de silence[20]. On sait que cette torture mortelle s’est largement répandue en Europe. Le 1er juillet 2003, une jeune actrice très populaire est battue à mort par son compagnon, un musicien politically correct, sympathisant des altermondialistes. Après une forte excitation médiatique, la presse noble recense sobrement les événements de l’année 2003 : « Marie Trintignant meurt après une violente dispute»[21]. Certaines féministes pudiques se scandalisent que l’on déprivatise la scène, alors que d’autres, plus dignes et rigoureuses, situent ce meurtre dans le contexte alarmant de l’insécurité conjugale. En France, l’insécurité routière tue moins depuis quelque temps, mais, chaque mois, la violence unilatérale tue cinq femmes qui finissent dans les brèves des « faits divers », autrement dit avec les « chiens écrasés ». Et en Espagne, le terrorisme domestique tue plus que l’E.T.A.
Les femmes, pauvres parmi les pauvres, sont de plus en plus pauvres[22]. À mon arrivée au Parlement européen en 1994, j’ai trouvé un premier rapport : La pauvreté se féminise en Europe. D’autres ont suivi. Aujourd’hui, le Secours Catholique[23] s’en inquiète. Mais depuis Mexico, en 1975, O.N.G. et militantes des droits des femmes n’ont cessé de lancer cet appel de détresse. Alors que les femmes produisent les deux tiers des richesses mondiales, elles n’en détiennent que 1%, ne reçoivent que 10% des revenus disponibles, et sont 75 % des plus pauvres. En se libéralisant, nos démocraties imposent aux femmes, souvent en charge de familles mono-parentales, travail informel, emploi précaire et chômage. En se désocialisant, la France menace les gynécologues, supprime les maternités, se sous-équipe en maisons de retraite. Alors que les femmes ont sur les hommes « des avantages naturels en ce qui concerne la résistance à la maladie »[24], qu’elles ont donné plusieurs enfants à la société, ce sont elles qui sont les premières victimes du déficit sanitaire et social : leurs retraites sont injustement diminuées, et l’immense majorité des victimes de la canicule de l’été 2003 ont été des femmes[25].
Précarité ou maternité, chômage ou prostitution, la dérive libérale renvoie les femmes aux deux métiers « naturels » de leur condition humaine et historique : le plus beau métier du monde, la procréation, et le plus vieux du monde, la prostitution. En vérité deux esclavages immémoriaux pour donner des enfants et du plaisir aux hommes. La dérive libérale marchandise la terre et le corps des femmes. Traite, pornographie, prostitution. À l’horreur économique se conjuguent le sadisme libertin, l’individualisme barbare, pour exploiter le masochisme volontaire de quelques harkis du divin marquis. Une certaine gauche et un certain féminisme prônent cependant, non pas l’abrogation de l’esclavage sexuel, mais son institutionnalisation par une réglementation de la prostitution. Intégrismes, terrorismes, impérialismes, fanatismes, égoïsmes en tout genre, riches et pauvres, consacrent leurs budgets à leur passion de tuer plutôt qu’à l’exigence de nourrir, de soigner, d’éduquer les femmes et les enfants.
L’Occident et l’Orient mettent le feu à la planète et aux femmes, et le monde brûle. Dedans, dehors, dans la famille, dans la rue, à l’école, sur les routes, dans les quartiers, les cités, dans les campagnes, dans les sociétés de droit comme ailleurs, riches ou pauvres, traditionnelles ou modernistes, à tous les niveaux d’analyse possible, les femmes ont à faire face à une guerre particulière, comme si leur corps doté d’une fonction indispensable pour l’espèce, la fonction génésique, était l’objet d’une haine immémoriale. Celles qui constatent cette sombre réalité sont accusées de « victimiser » les femmes, alors qu’elles ne font que désigner le carnage et les bourreaux. Serial killers, violeurs, amants éconduits, maris alcooliques, pédophiles, touristes sexuels sont quasi-exclusivement des hommes. Les statistiques manquent, mais tous les rapports l’affirment, les mâles dominent ce monde misogyne. Il n’y pas de guerre des sexes parce que les femmes ne font pas la guerre ; jusqu’ici, elles la subissent.

De telles régressions démocratiques après trente ans de féminisme d’Etat confirment les hypothèses et les analyses de la première édition de cet ouvrage.  C’est moins l’engagement des femmes qui est en cause que la non pertinence des analyses, tant politiques que psychanalytiques. Ai-je assez insisté depuis sur les défauts structurels qui, à travers les différents modèles de solution au problème, perpétuent la condition catastrophique des femmes dans l’histoire : le modèle traditionnel du tota mulier in utero ; le modèle républicain uni(sex)versaliste qui court après un féminisme indifférentialiste du tota mulier sine utero ; le premier, l’exploitation voulue, le deuxième l’exploitation déniée. Le modèle démocratique, lui, recyclage et compromis des deux précédents, prétend harmoniser vie familiale et vie professionnelle ; le taux de fécondité, déporté du corps des femmes dont il dépend, vers la famille ou la science démographique, dénie et exploite ce que j’ai appelé de longue date la production de vivant[26], qui s’ajoute en bien des cas au travail domestique et à l’activité professionnelle en une  triple production[27].
Les dérives libertines et libérales nous ont bien éloignés des studieuses années de pratiques militantes et théoriques où l’on pouvait lire dans les tracts de l’époque[28] que le coup de force de Marx et Engels  avait été de lever la censure sur la force de travail des prolétaires. « Le facteur déterminant, en dernier ressort, dans l’Histoire, écrivait Engels en 1884, c’est la production et le reproduction de la vie immédiate » : « la production des moyens d’existence » et la « production des hommes mêmes, la propagation de l’espèce » [29].

En levant la censure sur l’inconscient Freud s’est affronté à une « difficulté de la psychanalyse »[30]. Il repère dans l’histoire humaine trois types de « vexations », de blessures narcissiques, qui avaient rencontré une résistance d’ordre non pas intellectuel mais « affectif » : la vexation cosmologique avec Copernic, la vexation biologique avec Darwin, et la vexation psychologique avec la découverte de l’inconscient.  En levant la censure sur le corps des femmes, les mouvements de libération des femmes ont déclenché, le plus souvent à leur insu, une résistance encore plus grande, une quatrième vexation, la vexation génésique[31]. La protestation virile et son trio magique, frustration, agressivité, régression, si puissante qu’elle s’affirme, peine à refouler et à forclore les forces libérées des femmes qui exigent droit de cité.
La lecture de Mélanie Klein, dont l’ouvrage Envie et Gratitude venait en 1968 d’être traduit, confirmait mon intuition que l’envie d’utérus[32] taraude infiniment plus l’inconscient mâle que l’envie de pénis la conscience féministe. Mais le mot « utérus » ne fait pas partie des concepts kleiniens. Deux cents ans après les Éléments de physiologie[33] et la belle gravure de l’Encyclopédie de Diderot, l’« utérus » ne figure toujours pas dans les dictionnaires de psychanalyse. Repérer l’envie d’utérus ne suffit pas, il faut en penser les effets politiques que sont, dans tous les champs, les violences réelles et symboliques infligées aux femmes[34].
Vexation génésique, envie d’utérus, forclusion de la production de vivant, misogynie.
La genèse, mythologie des religions du Livre, les grands récits freudiens de l’évolution de l’espèce humaine in progress, de Vue d’ensemble des névroses de transfert à L’homme Moïse et le monothéisme[35] , et aujourd’hui la pensée libérale unique en économie politique[36], déclinent sur tous les thèmes de l’envie – concept psychanalytique et politique –, le sacrifice du vivant et la forclusion de sa production. En économie politique, il n’y a ni prise en compte ni théorisation de la production de vivant[37]. En psychanalyse, il n’y a pas de femme féconde, pas de théorie de la génitalité. Sous la loi phallocapitaliste et le politically correct postmoderne, il y a un interdit de penser.
Voilà ce que la Passion de l’Un, le pseudo ordre symbolique, l’analphallocentrisme, l’indifférentialisme homogène, vont s’employer à maîtriser, à dominer, à esclavagiser. Mon hypothèse est que la misogynie, ce racisme anti-femme, le plus radical des racismes, prend racine à la source même d’une puissance singulière qui suscite l’envie de ceux et de celles, enfants, puis femmes et hommes, qui s’en croient privés à tort ou à raison, et y érige une toute puissance de substitution (Freud parle de « phallus surogat ») qui la colonise, l’exploite et en forclot l’économie au profit des divers équivalents généraux : or, père, phallus, langue[38], qui dans l’histoire de l’homo sapiens sapiens, symbolisent le phallus omnipotent. L’un des deux sexes doit être assimilé ou disparaître, se convertir ou périr. Pour Gilles Lipovetsky, qui considère que la procréation est un «obstacle de fond à l’homogénéisation des rôles des sexes »[39] . Pour Lacan (je ne reviendrai pas sur : « La femme, ça n’existe pas »), qui proclame que la procréation « échappe à la trame symbolique »[40] – justement dans son séminaire sur les psychoses –, et qui la met franchement hors la loi.  Il n’y a qu’une libido, elle est phallique, comme l’a martelé, au milieu des années soixante-dix, Françoise Dolto, plus lacaniste que Lacan. Loin d’être un privilège, la procréation ainsi réduite pénalise radicalement les femmes dans tout processus d’intégration alors même qu’elle devrait être,  rétablie dans son plein droit, le motif premier de subversion d’un ordre pervers à tous les niveaux.
L’ennemi principal de la libération des femmes n’a pas été suffisamment désigné : c’est le monisme mâle, le phallocentrisme, l’égocentrisme, le Un comme seul représentant de toute l’espèce humaine. Des monothéismes à l’égalité républicaine, il n’y a que de l’Un : un seul Dieu, mâle, une seule libido, phallique, une seule économie, capitaliste-libérale, une seule citoyenneté, neutre, un seul sujet, universel, un seul sexe, un seul individu, monadique, hors connexion. Mais voilà, si Dieu a besoin des hommes, les hommes ont besoin de « la race des femmes »[41] pour leur faire des enfants, d’où la colonisation du continent noir, la mise en esclavage – la femme comme instrument vivant[42] –, l’appropriation de l’utérus, principal moyen de production, l’exploitation de la production utérine. La libido dominandi, sanandi, sciendi des philosophes ou celle des discours du maître, du psychanalyste, du savant, de l’universitaire de Lacan[43], cette libido phallique sait bien que, malgré la conversion d’une femme en esclave hystérique (disciple ou chienne), malgré son travestissement féministe en marrane politique, non seulement la procréation hétérogène fait désordre dans la doxa, mais que son bétonnage ne saurait venir à bout de cette libido qui lui échappe à chaque fois qu’une femme exprime son désir, désir d’enfant ou désir pour une autre femme, à la source de sa pulsion la plus intime.
Le plus ancien et toujours actuel des ordres symboliques opposera les hommes et les femmes, les divisera entre eux et chacun d’eux en deux. À eux, la création, la culture, le concept, la légitimité, le privilège, le génie humain, à nous la procréation, la conception quasi-animale, la nature, la génitalité coupable, l’illégitimité, les discriminations. À lui, toute la Loi, tout-Un pour les deux. Freud a cru réussir là où le paranoïaque échoue, il a manqué de temps et peut-être d’audace pour élaborer une théorie de la génitalité. Et si, par un retour de femme, l’envie matricielle hante le paranoïaque, il s’octroiera aussi le droit fou de la tuer, s’il est philosophe, de mettre le feu au monde, à sa maison, à son corps, et s’il est trop proche parce qu’il est poète, échouant à la tuer, il se suicidera. Suicide altruiste, assassinat paranoïaque.
Entre-temps, la libido creandi des femmes (« creare » signifie en  latin à la fois créer  et procréer) que j’ai longtemps appelée « libido 2 »[44], refuse la division binaire et conjugue, comme il convient à la langue mère, procréation et création.

La procréation, maîtrisable et pensable, ne peut plus être un esclavage. Et ce serait folie de la considérer comme un privilège qui, à nouveau, désignerait les femmes comme omnipotentes, castratrices, menaçantes pour les hommes qui, par voie de conséquence, exigeraient son abolition. La procréation n’a plus à être oubliée, refoulée, forclose, mise en position de menace inconsciente du moi paranoïaque. Il faut en faire, au contraire, le motif du travail sur la différence.
Libérer à la source la libido creandi des femmes lance un défi permanent à la guerre et à la pulsion de mort. Elle donne lieu, au XXIe siècle, à une révolution pour le genre humain et ouvre à la génialité des deux sexes.
Survivors, super vivantes plutôt que survivantes, bien au-delà de leur condition de victimes, là où elles portent un triple fardeau, les femmes trouvent l’énergie, pour peu qu’on les y encourage, de se transformer en actrices principales du changement, en force de proposition, en cœur battant d’une triple dynamique de démographie, de développement et de démocratie[45], pour accomplir une triple révolution, du symbolique, de l’économique, du politique. Notre M.L.F. a toujours affirmé son admiration pour l’engagement créatif des femmes, anonymes ou « héroïnes », du monde entier. Le 8 mars 1990, à la Sorbonne, un forum célébrait des femmes qui s’étaient illustrées par leur force et leur courage[46]. Des livres, des journaux, des maisons d’édition, des films donnaient voix, publiaient, d’Éva Forest à Aung San Suu Kyi en passant par Taslima Nasreen, révolutionnaires et prix Nobel. En Afrique, 95 % des O.N.G. sont prises en charge par des femmes. Au Niger, elles font reculer le désert, reconquièrent et irriguent, par un travail acharné, la terre devenue stérile pour nourrir la population et faire revivre les marchés dans les villages[47]. La France, pour une fois modèle européen, conjugue, fait rarissime dans nos démocraties, un taux de fécondité fort avec un taux d’activité professionnelle élevé[48].
Mais nulle part une volonté politique ne garantit aux femmes la moindre sécurité. Nulle part, ni chez les pauvres, ni chez les riches, les feminae sapientissimae ne peuvent jouir de cette libido creandi, l’exprimer, l’exploiter pour le bien commun. Il faudrait qu’une réelle volonté politique s’oppose aux forces réactionnaires et destructrices pour que les femmes ne soient plus soumises au bon vouloir émancipateur d’un corpus philosophique, juridique, politique morcelant et morcelé. Les droits inaliénables et sacrés des femmes doivent s’inscrire dans le socle philosophique de notre Constitution. Et la France, conformément à ses engagements, doit, à la suite de la ratification de la Convention pour l’élimination des discriminations à l’égard des femmes, promulguer une loi contre le sexisme et la misogynie, comme celle adoptée dans la foulée de la Convention de l’O.N.U. contre le racisme. Cette loi désignerait clairement les criminels de la guerre unilatérale contre les femmes. On ne viendra pas plus à bout de la misogynie que de l’antisémitisme, l’important est de les tenir en respect.
Quand le président de la République décidera-t-il de placer la lutte contre l’insécurité conjugale, familiale, urbaine, professionnelle et symbolique qui massacre les femmes, au rang de priorité de la République, comme il a su le faire avec succès pour l’insécurité routière ? Quand l’Éducation nationale désignera-t-elle à la prise de conscience des futurs citoyens, dans le livret scolaire et républicain distribué dans les écoles à partir de janvier 2004, le sexisme, c’est-à-dire la misogynie et l’homophobie, aux côtés du racisme, de la xénophobie, de l’antisémitisme et de l’islamophobie ? Quand l’enseignement du fait religieux tiendra-t-il compte du caractère androcentré des religions monothéistes, comme d’ailleurs de l’ensemble des traditions, des cultures et même de la République moderne ? Quand un Observatoire de la misogynie fera-t-il massivement prendre conscience des crimes contre les femmes ? Quand un budget de recherche et de soutien aux associations permettra-t-il à un ministère plénier de la parité – un Premier ministère bis – d’annoncer, par une politique globale, la naissance d’une culture et d’une démocratie paritaires ?

Hâtons-nous de mener une investigation gynéconomique comparable à l’investigation de l’inconscient avant que l’ectogenèse n’apporte la solution finale au problème que pose aux passionnés de l’Un la procréation. Hâtons-nous d’élaborer une théorie de la génitalité avant que la différence des sexes ne disparaisse dans le mouvement queer et l’indifférentialisme féministe.
Le corps maternel, la chair matricielle, reste le premier environnement de l’être humain. Que l’on naisse fille ou garçon, une femme reste le premier objet d’amour. Chaque femme connaît cet amour homosexué, princeps, cette homosexualité native[49], ce lieu de transmission le plus intime de sa libido creandi. Hâtons-nous d’en exprimer les beautés avant qu’un trait unaire vienne diviser les femmes et les condamner au lesbianisme et à l’inceste.

La féminologie, loin des « ismes », hétérogène et hétérodoxe aux savoirs institués, est un bond au-dehors de la doxa, et un champ de recherche. Que les économistes, qui se préoccupent de sortir du libéralisme, et les philosophes de l’éthique, qui veulent en finir avec l’égoïsme individualiste, ouvrent leur recherche à la gestation, à l’hospitalité psychique autant que charnelle, comme paradigme de l’éthique ; qu’ils considèrent que, principe de responsabilité, décentrement du sujet, paradigme du don[50], s’y conjuguent pour donner naissance ; qu’ils promeuvent, en lieu et place de l’envie et de la haine matricide, une éthique de la gratitude.
Le « merci » de Luca et Francesco Cavalli-Sforza « aux femmes qui nous ont transmis leurs mitochondries »[51] est un salut à ces anthropocultrices,[52] archives et archivistes de l’espèce humaine, génitrices, généalogistes, artistes, créatrices, éducatrices, génération après génération, de l’espèce riante et parlante, sans cesse en capacité d’autre, en quête d’autre, d’homme libéré lui aussi, par elle, de son Tout Pouvoir Seul. De la fonction génésique à la généalogie matricielle, chaque femme fait don à l’humanité de l’ADN mitochondrial ; et ce sera la géniale Rosalind Franklin, qui découvrira l’ADN, d’un savoir qui n’aura pas renoncé à la question des origines. Qu’est-ce qui nous interdit de penser que des feminae sapientissimae ont activement participé à la naissance de l’Art, à Lascaux et ailleurs ?

Ni soumises ni esclaves, sans dieu, ni maître, laïques, des femmes déjà s’éloignent de la genèse du Livre, dont les Ecritures les ont forcloses, pour apprendre à lire en se rappelant, en remerciant, en pensant le lieu d’où elles viennent sans y revenir mais en allant de l’avant ; des femmes ont commencé à vivre leur nouvelle condition historique[53], à inscrire la genèse d’une modernité tardive[54]. Bouleversements. Viennent les temps des fécondités croisées. Charnelles et spirituelles. Pour un nouveau contrat humain[55]. Ensemble. Tempus est creandi. Pour chacun des deux sexes, l’un par l’autre enrichi, sans dette ni marchandage.

L’ancien monde et l’histoire moderne s’en vont. Au commencement… Cette fois encore. Pensée première et force de proposition. Courage de concevoir, de porter, de mettre au monde ce qui vient. Ni riveraines ni sans rivage, ni sédentaires ni nomades. Mémoire gracieuse. Promesse durable. Pulsion de vie enfin, alliance, résistance, délivrance ; sexe jouant, corps travaillant, chair pensant, des femmes, dès maintenant, libres, en mouvements.

 « Deux n’est pas le double
mais le contraire de un, de sa solitude.
Deux est alliance,
fil double qui n’est pas cassé. »[56]

 

[1] Cf. « Femmes en mouvements, hier, aujourd’hui, demain », p. 44.

[2] Comme l’écrit Serge Leclaire, dans Rompre les charmes, Paris, Interéditions, 1981, p. 233-234.

[3] Comparable à la « révolution de velours » que Vaclav Havel appelait naguère de ses vœux pour que l’amour et la paix remplacent la haine et la guerre.

[4] Cf « Il y a deux sexes », p. 79.

[5] Cf. « Demain, la parité », p.261.

[6] La loi sur la transmission du nom de famille par la mère, du 4 mai 2002, a été révisée, limitée, et son application repoussée.

[7] L’appel de Elle au président de la République, à propos du « droit des femmes et du voile islamique » : Elle s’engage ! ( 8 décembre 2003).

[8] « Que l’on nous épargne la complainte sur la dérive vers le communautarisme », écrit Michel Rocard, dans L’Express du 20 juin 1996 (cf. « Tant qu’il y aura des femmes », p.277).

[9] Article 75 de la Constitution de 1958.

[10] Dès 1989, l’Alliance des femmes, qui avait déjà exprimé à plusieurs reprises sa solidarité avec les femmes algériennes en lutte contre le Code de la famille, proposait, à Paris et à Marseille, des assemblées-débats pour attirer l’attention sur l’oubli des femmes dans la question du voile : « Dans l’affaire du voile, le débat laïcité-intégrisme évacue la question des femmes » (Assemblées du 22 novembre à l’Institut Océanographique de Paris et du 8 décembre à la maison des Associations à Marseille).

Voir aussi Michel Fize, Les pièges de la mixité scolaire, Paris, Presses de la Renaissance, 2003.

[11] Comme les avait nommés dans un article facétieux Jean-François Josselin dans Le Nouvel Observateur du 6 juillet 1995.

[12] Un « backlash », c’est un retour de manivelle, un retour de bâton, pour désigner les « contre-mouvements » qui menacent les nouvelles libertés des femmes (cf. « Femmes en mouvements : hier, aujourd’hui, demain », p. 45). Susan Faludi a analysé cette mécanique d’exclusion des femmes qui s’est mise en place aux États Unis après les premières victoires de leur mouvement de libération (Susan Faludi, Backlash, La guerre froide contre les femmes, Paris, Des Femmes, 1993).

[13] Ce néologisme m’a été imposé par la réalité du massacre des femmes dont rendait compte, jour après jour, l’Observatoire de la misogynie que j’ai créé, en même temps que l’Alliance des femmes pour la démocratie, en 1989.

[14] Amartya Sen, « Pourquoi un déficit de plus de cent millions de femmes ? », Esprit, n°9, 1991 (cf. « Demain, la parité», p. 241 et suiv.).

[15] Amartya Sen, « Quand la misogynie devient un problème de santé publique », Courrier International, 10 Mai 2002.

[16] En référence à Si c’est un homme de Primo Levi (cf. « Si c’est une femme », p. 281 et suiv.)

[17] Paris Match, 13-19 novembre 2003. Marianne, 12-18 janvier 2004.

[18] Le 9 octobre, j’ai envoyé une lettre à Blandine Kriegel, chargée de mission auprès de la présidence de la République, pour dénoncer ce crime misogyne, et pour tenter de trouver des solutions pour que pareils crimes ne se reproduisent pas (cf. « On brûle une femme » p. 295).

[19] « Sohane tuée par le machisme ! », éditorial de  Michèle Fitoussi Elle, 21 octobre 2002.

[20] Aujourd’hui en France, 1er octobre 2003.

[21] Le Monde, « Chronologie », 28 décembre 2003.

[22] Beaucoup de textes de ce recueil alertent l’opinion sur cette féminisation de la pauvreté partout dans le monde, en Europe et en France ; cf. en particulier « Demain, la parité », p. 240 et suiv.).

[23] Le Parisien, 5 novembre 2003.

[24] Amartya Sen, « Pourquoi un déficit de plus de cent million de femmes », op. cit.

[25] Fiche INED, octobre 2003.

[26] « Femmes en mouvements : hier, aujourd’hui, demain », p. 52.

[27] Cf. « Il y a deux sexes », p.66.

[28] Tract de 1970, du MLF, Psychanalyse et Politique.

[29] Friedrich Engels, L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État, Paris, Éditions Sociales, 1996. Mais le « facteur déterminant » qu’est pour Engels la production de vivant, comme la distinction qu’il faisait entre production de biens et production humaine, est resté lettre morte (cf. Reconnaissances », p. 167).

[30] S. Freud, L’inquiétante étrangeté et autres essais, Paris, Gallimard, 1986, p. 187.

[31] Cf « Notre mouvement est irréversible », p. 15.

[32] Cf. « Il y a deux sexes », p. 65.

[33] Diderot, Éléments de physiologie, Paris, Librairie Marcel Didier, 1964.

[34] Cf. « La peste misogyne », p. 97.

[35] S. Freud., Vues d’ensemble des névroses de transfert, Paris, Gallimard, 2001, p. 35-36 ; L’homme Moïse et la religion monothéiste. Trois essais. Paris, Gallimard, « Folio essais » n°219.

[36] Jean-Claude Dupuis,  Le sacrifice et l’envie, Paris, Calmann-Lévy, 1992.

[37] Nancy Folbre, De la différence des sexes en économie politique, Paris, Des femmes, 1997.

[38] Jean-Joseph Goux, « Numismatiques », Tel Quel, 1968-1969 ; Économie et symbolique, Paris, Seuil, 1973.

[39] Gilles Lipovetsky, La Troisième Femme, Permanence et révolution du féminin, Gallimard, 1997 (Cf. « Tant qu’il y aura des femmes », p. 273).

[40] J. Lacan, Le Séminaire, Livre III, Les Psychoses, « Du signifiant et du signifié », « Qu’est-ce qu’une femme ? », Paris, Seuil, 2002.

[41] Euripide, Médée, Paris, Gallimard, 1962, éd. de Marie Delcourt-Curvers, Folio Classique, vers 416 et 574.

[42] L’esclave comme « instrument animé » (Aristote, Politique, I, 4).

[43] Pour Freud, il y a trois positions intenables, trois tâches impossibles : gouverner, éduquer, psychanalyser.

[44] Cf. « Il y a deux sexes », p.74.

[45] Cf. « Tant qu’il y aura des femmes », p. 279.

[46] Cf. « Demain la parité », p. 220. Douze femmes d’exception venues des cinq continents recevaient des mains de douze femmes françaises exceptionnelles le trophée de l’Alliance des femmes, un bijou dessiné par Sonia Delaunay. Se sont côtoyées femmes politiques, journalistes, mathématiciennes, philosophes, créatrices, sportives ou comédiennes…, Simone Veil, Elena Bonner, Molly Yard, Danielle Mitterrand, Ela Bhatt, Édith Cresson, Michèle André, Albertina Sisulu, Kanitha Wichiencharoen, Françoise Giroud, Yvonne Choquet Bruhat, Blandine Kriegel, Charlotte Perriand, Hélène Cixous, Sonia Rykiel, Jeannie Longo, Arielle Dombasle et bien d’autres (Alliance des femmes, 8 mars Journée internationale des femmes 1990, Des femmes, France-U.S.A., édition bilingue, 1992). Pour la force des femmes, voir aussi : Françoise Barret-Ducrocq et Évelyne Pisier, Femmes en tête, Paris, Flammarion, 1997.

[47] VSD, 31 décembre 2004.

[48] « Liberté, égalité, maternité » de Blandine Grosjean, Libération, 29 avril 2003.

[49] Cf. « Comment démocratiser la psychanalyse », p. 211.

[50] Jean-Claude Michéa, Impasse Adam Smith, Paris, Climats, 1992 ; Hans Jonas, Le principe responsabilité, Paris, Flammarion, 1998 ; René Frydman, Lettre à une mère,Paris, L’Iconoclaste, 2003

[51] Luca et Francesco Cavalli-Sforza, dédicace de Qui sommes-nous ?, Paris, Flammarion, 1997.

[52] Cf. « Il y a deux sexes », p. 64.

[53] Marcel Gauchet, La condition historique, Paris, Stock, 2003.

[54] Peter Brown, Genèse de l’Antiquité tardive, Paris, Gallimard, 2000.

[55] Cf. « Il y a deux sexes », p. 73.

[56] Erri de Luca, Le contraire de un, Paris, Gallimard, 2004.

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