LA PAUVRETÉ SE FÉMINISE
Géni(t)alité. Féminologie IV, des femmes-Antoinette Fouque, 2023
Intervention au Parlement européen, à Strasbourg, le 23 octobre 1996, à l’occasion de la résolution sur la pauvreté.
Madame le Président,
Mes deux amendements à la résolution sur la pauvreté voudraient, en réparant un oubli, y introduire le « gender-mainstreaming ».
En effet, l’analyse différentielle selon le sexe a fait apparaître à Monsieur Boutros-Ghali, à Copenhague, que 70% des très pauvres sont des femmes. En Europe, la proportion est la même. La pauvreté s’y féminise. Massivement entrées dans le monde du travail, les femmes y occupent surtout des emplois précaires ou à temps partiel. Elles subissent des discriminations de tous ordres. Elles sont 55% des chômeurs de longue durée, 90% des chefs de familles monoparentales. Les femmes restent donc, chez nous, les exclues parmi les exclus.
Ici, comme partout, malgré tous ces obstacles, elles effectuent les deux tiers du travail global. Elles sont les actrices principales d’un développement durable et de l’éducation des générations futures.
J’insiste donc pour que nos commissions appliquent le « gender-mainstreaming », pour que toutes les instances de l’Union et les gouvernements des États membres intègrent les femmes aux programmes d’action d’élimination de la pauvreté, à parité avec les hommes dans les prises de décision politiques, économiques, sociales et culturelles. J’insiste pour que la C.I.G.[1] inscrive l’égalité entre les hommes et les femmes comme un droit fondamental.
[1] Conférence intergouvernementale pour la réforme des traités.

